Un avenir pour l'agriculture paysanne !

En mars dernier, au sein du Conseil des droits humains de l'ONU, seule la Suisse a rejeté l'idée d'une déclaration internationale sur les droits des paysannes et des paysans.

 

Avec les organisations Swissaid, Pain pour le prochain, Action de Carême, FIAN Suisse, le CETIM et le syndicat paysan Uniterre nous avons protesté contre cette attitude scandaleuse et nous avons appelé nos ami-e-s à écrire des lettres de protestation à la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf.

Les paysannes et les paysans sont les premières victimes de la mondialisation. 70 % des personnes qui souffrent de la faim dans le monde vivent dans des zones rurales. Leurs ressources vitales, telles la terre, l'eau et les semences sont souvent confisquées avec des violations des droits humains par des sociétés transnationales, des investisseurs ou des gouvernements et elles sont chassées de leurs terres par des moyens économiques, policiers ou militaires. Les experts mandatés par le Conseil des droits humains estiment indispensable de mettre en place un nouvel instrument juridique pour mieux protéger les paysannes et les paysans.

Notre appel à écrire des lettres de protestation à la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf contre l'attitude incompréhensible de la Suisse au sein du Conseil des droits humains, a trouvé un large écho. Plus de 1000 femmes et hommes lui ont écrit personnellement. En même temps des interventions ont eu lieu au Conseil national et les parlements cantonaux de Genève, Fribourg, Neuchâtel, Vaud et Jura ont transmis des résolutions à ce sujet à la Confédération.

La fête annuelle de notre ferme du Montois était également sous le sigle de cette campagne. Valentina Hemmeler Maïga, secrétaire syndicale d'Uniterre et Melik Oezen, vice-directeur du Centre Europe Tiers-Monde (CETIM) ont expliqué de façon précise les raisons d'une déclaration internationale sur les droits des paysan-ne-s.

Grâce à ces actions de protestation l'attitude officielle de la Suisse a changé. Dans sa dernière réponse à «Uniterre» et «Pain pour le prochain» la présidente de la Confédération écrit:

…«Au cas où des négociations devaient avoir lieu au Conseil des droits humains pour créer selon les recommandations du comité une procédure spéciale ou un nouvel instrument par rapport aux droits des paysannes et paysans, la Suisse y participerait activement, car elle considère ce thème comme important»…

C'est un succès pour lequel nous voudrions remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui y ont contribué par leur soutien. Lors de la session du Conseil des droits humains en septembre, nous verrons si la nouvelle attitude de la Suisse sera appliquée. En effet, de nouvelles consultations auront lieu pour la création d'une déclaration internationale sur les droits des paysannes et des paysans.

En Suisse l'exode rural n'est plus thématisé et pourtant quatre ou cinq fermes disparaissent tous les jours. On utilise des euphémismes tels rationalisation, amélioration des structures, du rendement ou de l'efficience. Ici aussi la petite paysannerie et l'agriculture de proximité devraient être mieux protégées. La politique agricole, discutée actuellement au parlement, vise à réduire le nombre de paysannes et de paysans et à privilégier les grandes entreprises agricoles. Dans le Rapport sur l'agriculture mondiale IAASTD (réalisé en 2008 sous l'égide de l'ONU et de la Banque mondiale par 400 scientifiques du monde entier) c'est le contraire qui est préconisé: "Les structures de la petite paysannerie sont les meilleurs garants pour la sécurité alimentaire locale ainsi que la souveraineté alimentaire régionale et nationale. Leur multifonctionnalité avec ses prestations écologiques et sociales doit être reconnue et soutenue de façon ciblée". Les stratèges de la politique agricole suisse et européenne ne veulent apparemment pas suivre ces acquis et ces savoirs importants.

Leur attitude est en premier lieu au service des intérêts des entreprises multinationales qui dominent et monopolisent le marché des engrais, des pesticides et des semences.

Début juillet, la Cour européenne de justice s'est également mise du côté des grandes entreprises semencières. Dans un jugement sur la conformité des lois semencières européennes, qui avait été demandée par un tribunal français dans le litige qui oppose l'association Kokopelli à l'entreprise semencière Baumaux, la Cour justifie l'interdiction du commerce des semences de variétés anciennes par l'objectif, jugé supérieur, d'une "productivité agricole accrue"! Les juges de ce verdict ne semblent pas non plus avoir lu le Rapport sur l'agriculture mondiale (plus d'informations sur www.saatgutkampagne.org). Leur jugement a de graves conséquences pour l'association Kokopelli qui veille avec passion à la préservation du patrimoine semencier européen, bien commun de tous. Par des traités internationaux, l'Union Européenne contraint de nombreux Etats, comme l'Inde ou la Turquie, qui travaillent encore majoritairement avec des semences paysannes, à reprendre dans leurs législations les lois européennes sur les semences et à être ainsi livrés pieds et poings liés à l'appétit dévastateur des multinationales semencières. Une déclaration de l'ONU sur les droits des paysan-ne-s pourrait empêcher les pires abus.

 

Raymond Gétaz

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